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  • Nadia Chabbouh

Néo-télétravailleurs : vécu en temps de confinement et perspectives pour l'avenir

Sans précédent, la crise du Covid 19 a contraint une très large majorité d’entreprises à mettre, pour la première fois, l’ensemble de ses salariés au télétravail.


L’Institut Sphinx s’est interrogé sur cette situation inédite : comment a-t-elle été vécue par ces néo télétravailleurs ? Au sortir du confinement, quel est leur état d’esprit, leur vision et confiance en l’avenir ? Comment envisagent-ils de relever les défis post-crise ?


Notre sondage, mené auprès de 568  télétravailleurs professionnels des métiers de gestion (principalement marketing, qualité et RH) et diffusé par e-mailing entre le 29 avril et le 11 mai 2020, répond à ces questions…


Retrouvez notre infographie dynamique ici : https://d.dataviv.net/v/RzK8RVk6mo


Des néo télétravailleurs plutôt heureux de leur sort !


Un vent de liberté !


Voilà ce que presque 9 télétravailleurs sur 10 retiennent de cette période :« Un nouveau mode de vie s’est ouvert à moi »constate un salarié de l’enseignement. L’assignation à domicile a ouvert la voie à un rapport au travail et une organisation moins contraints en offrant à chacun la possibilité de jongler avec souplesse entre tâches professionnelles et personnelles tout en ayant la confiance du manager :« J’ai découvert une nouvelle maîtrise de mon emploi du temps »se réjouit une professionnelle du secteur des Services. Mais attention, ce goût de l’autonomie apparaît tout relatif : 4 répondants sur 10 jugent le soutien et l’accompagnement de la part de leur manager déficitaire. Un chiffre qui traduit le besoin de rester connecté ou ‘couvert’ par sa hiérarchie…


Enfin moins fatigué(e) ! Jouir de la vie et accroître sa performance


Pour les néo télétravailleurs ce confinement a été, dans une certaine mesure, l’occasion de ralentir le rythme et de se glisser dans un quotidien « slow life » : « Me réveiller à 8h55 pour démarrer mon travail à 9h » s’amuse une consultante. Ces semaines auront été synonymes de temps de partage « Avoir enfin plus de temps et d’échanges en famille » voire même de contemplation comme pour ce quinqua, membre d’une DG : « Je vais au potager entre deux phases de travail et ça me rend heureux de surveiller mes plantations ! ».

Un climat de bien-être et des conditions de travail qui, pour certains comme pour cet agent de l’Administration, ont favorisé une plus grande productivité : « J’ai pu travailler d’une manière plus concentrée et efficace », « Les dossiers ont progressé ».


Une parenthèse pas si enchantée que cela


Malgré tout, ce qui a pesé sur ces néo télétravailleurs, c’est l’épreuve de l’isolement ressentie par certains, de manière aigüe : « Il y a dans le télétravail un sentiment d’isolement qui finit par avoir un impact psychologique » reconnaît un agent de l’Administration. En effet, en dépit du déploiement des outils de communication à distance, 1 télétravailleur sur 2 s’est senti isolé pendant cette période. L’émulation des équipes, les relations interpersonnelles, la vie de bureau en somme ont manqué aux télétravailleurs comme à cet acteur du secteur des Services : « Ce que j’ai appris de cette expérience ? Que l’homme est un être essentiellement social » et ce, en dépit d’initiatives saluées çà et là telles que les coffee time via Teams.


Pour beaucoup, une réalité marquée par des conditions de travail qui créent une mise sous tension permanente. Si pour les uns ce mode de travail aura rimé avec bien-être et performance, presque la moitié des télétravailleurs se déclare être stressée. Une anxiété qui s’explique par la difficulté à concilier vies professionnelle et personnelle (plus d’1/4 des répondants sont insatisfaits de ce point) : « Une forte charge mentale : télétravail, suivi scolaire, intendance domestique… ».


Enfin, l’inconfort de l’environnement de travail (presque ¼ d’insatisfaits) accentue encore, pour certains, la nervosité : « Mon logement étant petit, j’alterne entre le lit, le canapé et le carrelage », « J’ai eu envie de jeter l’ordinateur par la fenêtre car j’avais une très mauvaise connexion » … avec des répercussions assumées sur la productivité et la gestion du temps de travail.


Et maintenant ?


Un état d’esprit marqué par l’appréhension et le stress


A la sortie du confinement, le mental des néo télétravailleurs apparaît plutôt pessimiste, surtout en raison du manque de visibilité sur l’avenir (contagion toujours possible, éventualité d’un re-confinement, reprise économique…) : « C’est flou », « C’est l’inconnu », « Perplexe, tellement d’incertitudes…». Des inconnues génératrices d’anxiété : « je suis très angoissée ».

Dans ce contexte perçu comme hostile et compte-tenu de l’expérience finalement positive du télétravail, 85% des répondants souhaitent le poursuivre.


Pour beaucoup cependant, l’excitation de renouer avec la vie d’avant l’emporte


Malgré l’appréhension et le souhait de pérenniser le télétravail, l’envie de retrouver le mode de vie pré-covid19 prend le pas sur toutes autres considérations : « J’ai beaucoup d’impatience de revenir (un peu) à la normalité ».

Envie de rompre l’isolement, de retrouver des conditions de travail confortables, de retrouver ses collègues l’état d’esprit est aussi celui d’une renaissance.


Quel avenir et quels défis pour demain ?


Les néo travailleurs prévoient une reprise économique timide


Plus de la moitié des répondants pronostique que celle-ci renouera avec son rythme d’avant crise seulement courant 2021 à l’instar de ce professionnel du monde de la santé : « Au moins un an de galère ». « On n’est pas sortis de l’auberge ! » déplore ce marketeur.


S’ils ont une très faible confiance dans la capacité de l’économie française à retrouver à court terme son rythme / niveau d’avant crise (note moy. 5,2/10), les néo télétravailleurs ont en revanche foi en la capacité de leur entreprise à traverser cette crise (note moy. 7,2) pour des raisons variées (solidité financière 18%, capacité d’adaptation 11%, fonction publique 15%…). Dans cette épreuve, une large majorité projette qu’elle a, à son niveau, un rôle à jouer (être force de proposition 26%, fournir un travail de qualité 22%, s’investir davantage 10%).


Une sortie indemne possible donc si l’entreprise relève ces 3 défis :


  • développer des produits et services innovants pour répondre à la situation actuelle (nouveaux besoins, budgets à la baisse…),

  • renforcer la relation client pour une relation personnalisée,

  • poursuivre la digitalisation pour booster la performance.

…vastes chantiers, certes, pour les mois à venir mais les néo télétravailleurs apparaissent animés d’une motivation hors normes (note moy. 8,4) pour relever, au bureau et à distance, ces grands défis !

Les entreprises sauront-elles tirer parti de cette énergie combative pour surmonter la crise ?



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